Micro discours de la méthode

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Commencer l’apprentissage de la parole est, pour l'enfant, un outil précieux, mais aussi un outil qui va conditionner sa vie. Les passions qui s’y exercent sont parfois dociles, parfois rudes et subies. Ce n’est qu’avec une force intérieure qui pousse vers la compréhension des autres que la parole devient communication, que les épreuves de la vie ne sont plus des occasions d'échec, mais un travail sur soi pour trouver sa place. Le silence est une expression quand il est librement consenti.

Gilles Michaud écrivait un jour dans son blog : « La parole est exubérante, le geste est vrai, nu, presqu’économique ».  La parole libérée de ses passions devient simple et sincère. Vouloir travailler au-delà des limites induit un geste malhabile, une parole décorée qui cacherait une inadéquation entre les moyens et la tâche, qui mettrait l’Homme en situation d’incompétence, de manque de talent, de défaut de personnalité. La conquête du naturellement inaccessible ou des facultés de quelqu’un d’autre, ne se maintient pas. La copie ne vaut jamais l’original, la source des idées ne se tarit pas, celle de l’imposture se fatigue.

Noam Chomsky, linguiste américain, fait référence dans l'analyse des comportements du pouvoir. Il est aussi connu pour ses prises de position politiques d’abord controversées, ensuite admirées. Peut être grâce à la linguistique, sa lucidité s'exprime par une transmission d’idées accessibles. Pour convaincre, il faut être au niveau de son auditoire et exprimer ce en quoi on croit. A l’inverse, « empouler » ou déguiser un vocabulaire ne sert qu’à faire illusion d’un niveau, ne sert qu’à créer un artéfact. Compliquer toutes les situations, ou les présenter inabordables ne permet pas de déverrouiller les énergies. Ce n’est qu’une astuce, quelques fois inconsciente, pour écarter le nombre des prises de décisions et se les approprier, pour faire imaginer à ceux qui ne comprenne pas qu’on serait seul à être apte, parfois pour s'en convaincre soi même. La justesse d’un discours simple est sincère est bien plus puissante que tous les ornements qu'on y met. Le discours simple modélise les situations pour partager leur accomplissement.

Être « au dessus de la mêlée », ce n’est pas mettre une estrade ou des talonnettes sous ses pieds, c’est plutôt savoir prendre du recul. Encore faut-il savoir se sortir de l'inondation d'informations dont la source est unique et finalement dirigiste. Encore faut-il être capable de trier dans le bourbier des affects et des peurs de sa propre humanité. La maitrise de nos limites "nous protège de la toute-puissance et de l’autosuffisance et nous propose une relation avec le monde où l’Autre nous est nécessaire pour vivre".

Trouver le juste milieu entre compétence et légitimité est une opération délicate, comme un numéro d’équilibriste. Avoir raison ne sert à rien si l’on a raison seul. Beaucoup imaginent savoir faire mieux que les autres, peu sont dignes d’assumer la tâche d’être en responsabilité, de représenter. Un seul indicateur : la faculté d'oublier sa personne dans ses missions.

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