Nicolas et François, sortez de la cour de récré !

Publié le par Guy Gilbert, Prêtre

Vous êtes tous les deux des loubards. Comme vous, j’entends ceux qui me sont confiés à longueur de temps se traiter de « sale mec » et de « casse toi pov’ con ». Vous avez pour l’un le trône de la république, pour l’autre l’espoir de s’y installer. La petitesse de vos réflexions au mieux déclenche le rire, au pire elle créé le rejet. Vos «snipers» s’en donnent à coeur joie pour flinguer les 2 leaders que vous êtes.

 

On attend de vous une vision pour demain. Pas des insultes. Des mots susceptibles de nous atteindre en plein coeur, par leur authenticité. Pas des promesses de milliards d’euros jetés dans la balance du futur. L’état n’a pas un rond. Les futures embauches sont aléatoires. Le chômage est là. Tenace. Durable.

 

L’un de vous a la chance d’être au pouvoir suprême. L’autre le veut, sans l’avoir encore appris. Tous les deux vous avez des dons pour régner aujourd’hui, ou demain. Donnez-nous de l’espérance! La France est morose. Un peu à bout. Les pauvres se multiplient. Alors dites-nous en pleine gueule qu’on est des égoïstes. Qu’il nous faut partager, plus que jamais. Montrez-nous que le véritable combat ce n’est pas de vous invectiver sans cesse, mais plutôt de trouver en soi suffisamment de fraternité pour ne pas prendre l’autre pour un incapable, pour ne pas revenir sans cesse sur ses fautes et ses dérapages. Les jeunes vous les pelotez, alors sortez de la cour de récré!

 

Donnez-leur le goût de la lutte, pour vivre les trois mots de la devise républicaine inscrite au fronton de chaque bâtiment public. Sinon la politique sera pour eux nauséabonde, et aura le goût de la m… qu’on se balance réciproquement à la figure. Ne cassez pas l’espoir et les rêves des jeunes. Ils les ont placés très haut. Ils vous voient, vous écoutent, jour après jour. Le dégoût et l’amertume entraînera certains d’entres eux à céder aux sirènes maléfiques qui conduisent au pire.

 

Et n’oubliez pas, surtout, de vous prendre la tête dans les mains, tous les jours. Pour aimer un peuple et le servir, il faut savoir prendre de la distance et de la hauteur, mais aussi rester à l’écoute, se laisser toucher et émouvoir par le sort des plus pauvres, des plus faibles, des plus démunis. Se contenter de guetter la moindre déclaration de l’autre pour trouver systématiquement la réplique, c’est n’être qu’une girouette qui tourne avec le vent.

 

La fonction de président exige un être lucide, éclairé, capable de voir plus loin, parlant peu, touchant les coeurs et fixant un cap exigeant qui appelle au plus haut. Vous êtes nécessaires. Pas pour lire chaque jour votre pourcentage de plus ou de moins dans notre estime. Vous ne pouvez désirer le pouvoir que partagé. C’est le seul qui créé, et favorise une vie politique. Il est alors semence d’espoir. Oui Nicolas et François. Sortez de la cour de récré. Entrez dans la classe des grands.

Guy Gilbert, Prêtre

Chronique, La Croix, 23 janvier 2012

 http://www.guygilbert.net/fr/accueil.html

Publié dans La revue

Commenter cet article