Le poisson pourrit par la tête

Publié le par Jean-Pierre CHEVENEMENT

che2012 2J’ai le plus grand respect pour la mémoire douloureuse du peuple arménien, mais croit-on en servir la cause en ajoutant, loi mémorielle après loi mémorielle, un texte liberticide et anticonstitutionnel, grave atteinte à la liberté de recherche des historiens mais d’abord à la liberté tout court, c’est-à-dire à la République elle-même ?

 

Il n’est un mystère pour personne que les auteurs directs et indirects de ces lois mémorielles visent d’abord à capter les suffrages des minorités qui ont gardé dans leur mémoire la souffrance de leurs aïeux. Mais que restera-t-il alors de l’Histoire de France si elle se réduit peu à peu, par l’intervention d’un législateur incontinent, à n’être plus bientôt que la marquetterie de mémoires particulières ? Jusqu’où la décomposition de ce qui nous unissait : la France et la République n’ira-t-elle donc pas ? C’est sur leur cadavre que prospèrent les communautarismes aujourd’hui florissants.

 

Un proverbe chinois dit que le poisson pourrit par la tête. Ainsi en va-t-il de notre pauvre France dont l’intérêt national est le dernier souci de ceux qui la dirigent ou prétendent la diriger. Quelle diplomatie un tel pays, mis en coupe réglée par les communautarismes, peut-il encore conduire ? ... Le législateur n’a qualité que pour fixer les règles concernant la détermination des crimes et délits et les peines qui leur sont applicables. La Constitution ne lui donne pas le pouvoir de prononcer l’équivalent d’une condamnation sur des faits qui se sont produits il y a bientôt un siècle, sur un territoire étranger, sans qu’on connaisse ni victimes ni auteurs français.

 

De la même manière la proposition de loi porte atteinte au principe fondateur de la liberté d’expression et ce, tout particulièrement dans le domaine de la recherche historique. Si nos dirigeants étaient encore des républicains, ils se souviendraient que la vérité est assez grande pour se défendre toute seule, que Clemenceau, Zola, Jaurès n’ont eu recours qu’à des arguments pour faire innocenter Dreyfus devant la justice de la République. Il y a encore dans le peuple français des républicains qui, sous une forme ou sous une autre, exprimeront leur refus de voir ainsi s’abîmer la République.

 

Carnet du 22 janvier 2012

Publié dans l'air du temps

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Merlaud 23/01/2012 11:54

Bravo, Monsieur Chevènement.

Tout est dit en quelques lignes.

Occupons nous déjà des guerres de Vendée et bien d'autres massacres sur notre terre nationale où certains hommes se disant républicains se sont comportés en digne nazis. Pour exemple, cette date du
28 février 1794 (il y a 218 ans) aux Lucs, le massacre de 110 enfants de sept ans à 15 jours ont été passés par le fil de l'épée et certains jetés vivants dans des fours à pain chauffés à blanc !
Cette guerre de Vendée aura fait plus de cent mille victimes, sans compter le nettoyage social révolutionnaire !

Quel souvenir pour ces victimes ?

Alors, les Arméniens, oui ils ont été victimes des Turcs comme nous la France avec les tueries que nous avons organisées en 1945 à Sétif et Guelma et en 1947 et 1948 à Madagascar.
On en finirait pas dans ce comptage des massacres où la France a été impliquée dans son histoire.
Il me semble qu'il faut laisser cela aux historiens enquêteurs pour en établir à charge et à décharge les raisons de ces massacres. Par contre, dans notre intimité, il est bon de se souvenir de
notre passé, pas toujours glorieux afin d'éviter de donner des leçons et surtout d'employer la bassesse par de fausses compassions à des fins électorals, ce qui est ignoble.