La pauvreté comme arme médiatique

Publié le par Dominique Lévêque

Que penser de ce triste épisode de la pauvreté à Châtellerault?

 

Acte 1: la presse locale fait un papier sur la dramatique réalité de ces gens qui font les poubelles pour manger. Un titre accrocheur, une sorte de moralisation gratuite dans des temps où la débauche de consommation atteint des sommets. Il ne manquait que le coupon détachable "je donne pour les pauvres de l'article et je le déduis de mes impôts". Bravo la presse, après la fin du monde, la misère vient de s'abattre, et fait vivre... au moins le journal. 

 

Veronique Abelin, directrice de Cabinet du MaireActe 2: Jean-Pierre Abelin et consorts crient "Haro" sur la stigmatisation de la misère châtelleraudaise. Si on n'avait juste lu un reportage chiffré, libre au demeurant, sans prêter attention plus que d'ordinaire au territoire, cette fois on extrapole. Le maire se décarcasse sans doute pour embellir l'image de la ville. Sensible comme une gâchette d'arme automatique, la susceptibilité au pouvoir a détourné l'attention. Objectif atteint: on ne voit plus la misère, on mesure le dispositif action-réaction politique.

 

cyril-cibert-4.pngActe 3: le PS local, par la voix de Cyril Cibert, s'empare de la patate chaude pour la rebalancer chez Abelin. "Il essaie de cacher la misère...". Et le journal qui publie intégralement et avec un tantinet de sympathie dans le verbe, comme pour crier entre les lignes "tiens prend çà, çà t'apprendra à ne pas toucher à la liberté de la presse!" Certes, aucun coup bas ne doit être manqué, mais les joutes électorales ne sont pas en retard.

 

Au fait, a-t-on compté les chiffres d'affaire des grandes surfaces chatelleraudaises pendant ces fêtes? Y'avait la queue partout. Vedette de l'année? Non, pas le secours catholique ni populaire, mais La Tablette Numérique. Le CCAS pourrait quand même nous aider à la payer!

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Thierry 03/01/2013 13:07

Pauvreté la vilaine, celle que l’on ne veut pas voir … passe tous les jours devant nos portes, elle s’appelle aussi L’indifférence.
Certes, ce plumitif de quotidiens, a réagi péremptoire, au quotidien d’une réalité locale et particulière. Ce n’était pas des chats et des chiens, qui fouillaient les poubelles, d’une sortie de
magasin ; mais bel et bien des Etres comme nous, en chair et en os, qui quêtaient un relief de consommable.
Tristesse de l’homme démuni, tenaillé par la faim, condamné à la furtivité, autour d’un réceptacle à ordures, pour y trouver un reste.
Ces ombres furtives qui salissent plus les regardants, qu’elles-mêmes.

Les réactions politiques se suffissent à elles-mêmes, dans leurs immoralités. Les Uns, aveuglés par le confort de la fonction et de leur stratégie pour la cité, s’opposent à la vile dénonciation de
l’autre camp sur « Ce spectacle de rue ».
Voilà bien le spectacle quotidien, d’un bout de France, divisée par la doctrine politique et l’aveuglement idéologique; alors que cette misère, trop visible et puante, devrait les rassembler pour
une fois dans leurs responsabilités.