Il ne faut pas confondre "véhémence" et "démence"

Publié le par Dominique Lévêque

A l'époque où COLUCHE répandait son humour au vitriol sur la France éberluée, un grand débat agitait les médias: "Peut-on rire de tout?". De la même manière, et par un processus similaire, peut-on aujourd'hui informer de tout? La période est à l'information instantanée, sans digestion, sans retenue, parfois sans contexte. Dans l'immédiateté de l'image, dans les conclusions hâtives donnant le sentiment d'une puissance partagée, l'information crue mériterait les sempiternelles précautions d'emploi qu'on impose à tant de matériels. Le fait d'être écrit sur un papier plus ou moins privé ou d'être publié sur internet n'est pas un certificat d'authenticité.

 

Le contenu de tous nos blogs politiques n'est qu'un point de vue, au sens littéral, un endroit d'où l'on voit les choses d'une certaine manière. Tournez vous d'un quart de tour, le point de vue est différent.

 

On se demandait pour COLUCHE: "où est la limite?", la réponse n'ayant toujours été que subjective. Pour la politique que l'on fait: "où est la limite?". Peut être à ne dénoncer que des comportements qui influent sur les affaires publiques, à condition qu'ils n'entament pas la dignité et l'intégrité présumée de l'individu, à condition qu'ils soient revendiqués, à condition qu'ils n'accusent pas sans fondement ou qu'ils soient présentés comme une interprétation.

 

La plus terrible de toutes les peines pour l'homme social, c'est l'opprobre, c'est l'accablant témoignage de l'exécration publique. (Robespierre, Discours sur la peine de mort, le 30 mai 1791 au sein de l’Assemblée constituante.)

 

Que Monsieur Jean-Pierre ABELIN ne soit attaqué que sur son attitude et son aptitude au pouvoir, que Monsieur Dominique STRAUSS KAHN soit présenté à la justice avant d'être puni ou victimisé. Éliminer un concurrent sur l'humiliation, l'infamie ou le déshonneur à l'aide de la vindicte populaire prive à jamais de la jubilation d'une victoire méritée. Et n'annonce pas que de bonnes heures.

Publié dans l'air du temps

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