Hors la loi

Publié le par Dominique Lévêque

Penser librement sans croire? Le travail en humanité n’a pas moins de valeur quand les autres progressent.  Croire empêche de penser? Au nom de la liberté, l'esprit est tribalisé, catégorisé. On ne peut pas, d’un côté, souhaiter que la connaissance nous inonde et, d’un autre côté, se satisfaire de celle que l'on a modelé soi-même. Chercher à atteindre l'Humain au plus profond de sa nature pour le faire progresser vers le sens des choses ne peut que conduire à aller au-delà de soi, ou de sa tribu, donc à aller vers un enrichissement par l'autre. Par extrapolation, l'essence de la laïcité n'est pas dans la négation et le rejet de la religion. Ou La gauche n'a pas de sens si elle se contente d'être la seule négation de la droite. Ce serait trop réducteur pour la multitude des capacités de l’être humain. Ce serait induire médiatiquement une pensée unique comme contrepieds de ce qui effraie. 

 

 

La laïcité puise tout son sens et toute son énergie dans l'acceptation indifférente de toute forme de pensée et de croyance, à condition qu'elle n'en juge ni promeuve aucune. La laïcité est capable d'ouvrir la pensée au delà de la croyance, de l'esprit religieux, de la politique et de l’affect. Elle est bien l'antidote de tous les comportements sectaires, discriminatoires et tribaux qui voudraient s'affranchir de quelques fondements spirituels. Les mots véhiculent les idées, ils ne les remplacent pas. La pratique de la laïcité s’appuie sur un règlement, c’est à dire sur une loi. On pourrait dire qu’un règlement, une tradition, des rites, le bon sens même, ne sont que des lois qui s’appliquent sur un domaine fini. La religion a ses lois, la politique a ses lois, la vie civile et sociale les siennes. 

 

L’Homme est bien sûr à l’origine des lois, il les écrit, il les applique et il en réprime le non respect. La notion de subjectivité des lois est directement et uniquement liée à l’intérêt de ceux qui les écrivent. Ce peut être un intérêt collectif, un intérêt partagé ou un intérêt plus personnel. On atteint la dimension du pouvoir. Le contenu des lois est aussi toujours lié à l’espace temps qui les fait naître, et au contexte sociétal qui les suscite. Il faut alors distinguer les lois qui accompagnent et guident et celles qui sont l’instrument du pouvoir sur un peuple. La Loi et les lois sont des notions qui ne doivent pas s’entrechoquer. Là où la Loi est un objectif, un idéal à atteindre, un code du bien entre les êtres, les lois ne sont que des voies qui mènent à l’organisation cosmopolite de la société vers un idéal d’humanité. Comme on fait la différence entre la Connaissance et les connaissances. 

 

 

Les pires lois dictées par les intérêts les plus sombres ne peuvent servir d’alibi aux détenteurs de leurs propres certitudes. La Loi trouve sa raison dans l’acceptation qui en est faite. La Loi d’un groupe social est d’autant plus acceptée qu’elle correspond à l’idéal commun de ce groupe social. Les logiques de présent, d’immédiateté, de facilité et d’envie sont des logiques contraires à celles de la justice qui trouve son chemin dans les lois. En revanche, le cours de l’Histoire et l’évolution des lois fait apparaitre leur bien fondé. Mère démocratie enfante dans la laïcité sa loi, « Heureuse loi qui nous délivre de la toute-puissance et de l’autosuffisance, ...  qui nous révèle que l’autre est nécessaire pour vivre. »

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