"Hollande reste un espoir teinté d’inquiétudes", par T. Merlaud

Publié le par T. Merlaud

Analyse d'un fidèle lecteur de ce blog,

 

La victoire de François Hollande ramène la Gauche à l'Elysée, au bout d’un quart de siècle. La France, qui reste majoritairement à droite, a voté cependant pour un socialiste. On peut estimer que les Français ont finalement suivi les sondeurs et les médias. On peut, de la même façon, estimer que les sondeurs et les médias ont finalement surfé sur la vague anti-Sarkozy, qui correspondait à leur sensibilité, en l’exploitant sans l’avoir créé. Qu’ils avaient globalement raison depuis le début.

 

Nicolas Sarkozy a tout fait pour ne pas perdre. Il n'a pas réussi; il va prendre de la distance. Sa déception personnelle est énorme. Celle de ses partisans également. Ils ont cru jusqu’au bout que l’énergie au service de la crédibilité ferait mentir les sondeurs et les commentateurs. La défaite de Sarkozy est donc la victoire des sondeurs et commentateurs qui avaient mis le doigt sur un point essentiel, la force de la détestation du président sortant. Il a cependant réussi à combler une grande partie de son retard, un véritable exploit.

 

Hollande est donc l’élu d’un rejet annoncé. Il est le candidat par défaut, n’oublions pas DSK, d’un système politico-médiatique. Il y a eu cependant, dans les dernières semaines, une plus forte adhésion à sa personnalité; c’est indiscutable. Il a séduit certaines couches de la population. Il va devoir consolider l’adhésion pour faire oublier le rejet. Il lui faut pour cela éviter le cauchemar du troisième tour qui le hante depuis hier soir, une législative ne lui donnant pas de majorité et le condamnant à la paralysie de la cohabitation. Car si Sarkozy est hors jeu, la partie n’est pas terminée.

 

Pour que la Droite ex-présidentielle ait une chance de l’emporter, il lui faut conserver son unité. Or, elle est bien plus fragile que ne pourraient le laisser penser les déclarations de circonstance de la nuit électorale. Le nombre record de bulletins blancs ou nuls montre qu’une partie des électeurs rejette la simple alternance Gauche-Droite et que le vote Marine Le Pen n’a pas disparu. Celle-ci va revenir dans le jeu, bousculer les lignes fluctuantes, peut être les briser.

   

Sarkozy paie le péché originel du Fouquet’s; mais Hollande reste un espoir teinté d’inquiétudes. Toute l’Europe le félicite mais attend ses premières décisions. Il ne doit pas se tromper, car les premiers pas sont déterminants et les premiers signes envoyés suivent l’élu pendant tout son mandat. C’est la leçon du Fouquet’s, qu’il a jurée, en privé, de ne jamais oublier s’il était élu.

  

Hollande ne peut être l’élu d’un rejet, celui des aigris syndicaux, des insatisfaits de leur sort ,qui sont légions à tort ou à raison, des malheureux et des immigrés, si nombreux dans la foule en liesse de la Bastille. C’est vrai qu’il représente pour le moment seulement une certaine France et pas toute la France, malgré les beaux discours "républicains" de ceux qui sont dans le système, se protègent en le protégeant.

 

Une fois de plus, le système l’emporte; mais, à chaque victoire, il est plus faible. Plus les périls montent, moins il semble capable d'y faire face. Sauf, bien sûr, dans la nuit d’une victoire électorale où tout paraît possible jusqu’aux premières couleurs de l’aube où, depuis son camp, on découvre l’étendue du champ de bataille à conquérir et la difficulté des taches à accomplir.  Les Français ont rejeté le général failli et ont mis à leur tête un président qui a horreur du sang et de l’odeur de la poudre. La France est, décidément, une spécialiste des erreurs de casting présidentiel. L'avenir le confirmera-t-il?

Publié dans l'air du temps

Commenter cet article